Je sais. Pourquoi ferais-tu confiance à un connard qui a mis cent ans à te rendre ton journal intime. Et qui en plus, à l'air d'une racaille. (Ne mens pas, je sais que tu le penses). Ouais ... Bah, je ne sais pas trop en fait. Je pense juste que ... tu devrais le faire. Je t'en prie. Vraiment. Aies confiance ... Je ne me moquerais pas de toi ou un truc du genre ... Je veux juste ... juste ... te connaître autrement, on va dire. Je ne te demande pas encore de contact ... physique. Tes mots me suffisent tant qu'ils te suffisent.
Au revoir. A Bientôt, j'espère.
Ps : tu voudrais une fille ou un garçon ? Lol. X). »
J'attrape le stylo Arpen® sous mon oreiller et me mets à couvrir cette page blanche d'encre noire. Comme mon âme...
Je m'étonne moi-même. Les mots me viennent sans que je ne puisse rien y faire, et remplissent à une allure folle les pages de mon cahier. Je ne sais pas vraiment ce que je lui écris. Je n' ai même plus conscience, que ce que je suis en train d'écrire, est destiné à une lecture. J'écris comme j'écrivais avant ... enfin, je me confie. Je ne sais pas pourquoi. Sa lettre m'a peut-être réchauffé le c½ur. Je lui pose des questions et réponds aux siennes. Je lui dis que la rencontre physique est impossible, pour moi. Je ne veux pas. Je veux bien me confier à lui, mais je dois arriver à garder une certaine distance. Je pense. Enfin j'essaie. Et même, il serait trop déçu, je pense. Je ne suis pas quelqu'un d'intéressant. Vraiment pas. Mais j'ai l'impression que son intérêt pour moi est tellement grand.
Pour l'amour du ciel. Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
Je deviens fou. Vraiment. Ou folle. Comme vous voulez... Je termine cette lettre en abrégeant un peu ...
Dis-moi. ou plutôt, écris-moi.
Bye.
Ps : pour répondre à ta question ... trouve ça stupide, mais je veux deux garçons et une fille. Tu veux des enfants ? Avec ta copine ? »
Je souris et referme mon journal, le fourrant dans mon sac. Je vais dans la salle de bain et commence à me déshabiller, pour prendre une bonne douche. Aujourd'hui je n'ai pas cours de tennis. J'en profite pour me prélasser un peu. Les cours me fatiguent tellement. Je me fais couler un bain et mets mon tee-shirt dans le panier à linge. J'enlève ensuite mon jean, troué, et le fous lui aussi dans le panier.
Je m'assoie sur ma petite chaise, posée devant le miroir. Je suis fils unique, et cela à ces avantages. J'ai ma salle de bain pour moi tout seul. Ce qui évite bien des ennuis. Elle est toute décorée à ma façon. On pourrait peut-être penser à une salle de bain de fille. Pas qu'elle soit totalement rose, mais bon ... j'ai tous les produits utilisés par les filles : le maquillage, les nettoyants de peau, démaquillants... Je rigole, prends un coton, l'imbibe de lotion démaquillante, en attendant que mon bain soit prêt.
Une fois le bain rempli, une douce odeur flotte dans l'air, une odeur de framboise. Je souris un peu plus au plaisir à venir, et plonge mon corps dedans. Mon corps se crispe au contact de l'eau chaude, puis finit par se détendre. L'eau m'arrive jusqu'aux épaules, et mes genoux dépassent légèrement. J'ai vraiment de trop longues jambes. Je les sors et les regarde. Il faut vraiment que je m'épile. Ça devient la jungle !
Je ressemble à un petit ... petit ... petit singe.
Je rigole toute seule. Oui, il m'arrive de me nommer au féminin. Quand je me sens féminine, comme maintenant. J'ai appris au fil des années, à accepter mon corps. Pas totalement pour montrer à tout le monde, que je suis une femme et un homme, mais assez pour me le montrer à moi-même. J'étais souvent rejeté. Comme une fatalité, une horreur de la nature. Mais j'ai appris au fur et à mesure que cela ne servait à rien de renier la réalité quand elle est face à vous. Il vaut mieux l'accepter. Mon père aime le fait que je sois (partiellement du moins) une fille. Il voulait une fille. Ma mère n'a aucune préférence, je pense. En tout cas, elle ne me l'a pas dit.
Elle me met juste en garde pour le sexe. Elle sait que je suis attiré par les hommes et donc que je peux tomber enceinte. J'ai donc eu un cours sur le sujet. La phobie des adolescents je crois. Je n'y ai pas échappé ! C'était vraiment horrible !
Mais j'ai vraiment peur de cette étape. Si cela m'arrivait un jour, j'ignore si je serais heureux ou totalement horrifié. Je ne sais pas du tout. Une part de moi a tellement envie de ressentir cette sensation, de savoir ce que cela fait ... de porter la vie. De ne plus être seul, mais deux personnes. Cela doit être tellement beau. L'accouchement ne me fait pas peur. Enfin, je ne pense pas. Je pense que c'est un mal pour un bien. Un bien merveilleux. Vraiment. Alalala. Mais tout cela est loin. Pour l'instant, j'ai d'autres problèmes. Comme...
Comme donner ma réponse à Tom, par exemple. Parce qu'il est hors de question que je vienne comme ça : « Salut, ça va ? Ouais, je t'ai répondu. Tiens, mon journal ! » devant tous ses potes. Tss. Non, je virerai au rouge tomate, marmonnerai un truc et m'enfuirai en courant, très vite. Non, non. Humm... peut-être son casier. Oui ! Mais il est où, son casier ? ... Ah oui, le 204. Mon travail de détective n'aura pas servi à rien, finalement.
J'hésite pendant un moment, à mettre mon plan à exécution ... mais, finalement, qu'est-ce que cela peut bien me coûter ?
« On fait les dernières, s'il te plaît ? Je suis crevé ! » Je crie de l'autre bout de la cours. Le soleil tape sur mes longs cheveux attachés en queue de cheval, trempés de sueur. Je n'ai qu'une envie, là, c'est d'un café au lait, dans ma chambre, propre !
Ben ramasse les balles à côté de lui, les compte et me réponds : « Ok, les quatre dernières ? Tu as une de ces pêches ! C'est dommage d'arrêter maintenant ! » Je fronce les sourcils et relâche ma main. « Ecoutes, je suis crevé. Excuse-moi mais j'ai vraiment envie de me doucher là »
Il se marre et me donne deux balles que je mets dans ma poche. « Bien, fillette. » Je ris jaune et me retourne pour me mettre derrière la ligne, en jurant et murmurant « Tu ne crois pas si bien dire. »
On joue les dernières balles. Elles ne sont pas mal. Par contre, je dois retravailler mon revers croisé. La balle est constamment dans le couloir. Je jure dans ma barbe et me dirige vers le banc, laissant Ben ramasser les balles, encore une fois.
« Tiens, tes balles, Bill. Hum ... je voudrais te parler d'un truc. » Une once d'inquiétude m'envahit. Il est au courant pour mon journal ? Comment ? Ce n'est que mon coach, comment pourrait-il ? « Oui ? » Ma voix est quelque peu tremblante.
« Le tournoi de l'école va débuter dans 2 mois, et ... je voudrais que tu t'y inscrives. »
Je m'arrête net dans mon mouvement. C'est de ça dont il veut me parler. Je soupire bruyamment, en rigolant bêtement. C'est juste ça. Pas de mon journal, mais juste ça. Ok. Bill, détends-toi. Il ne sait pas. Comment le saurait-il ? Ne sois pas idiot.
« Je vais y réfléchir, même si je ne pense pas m'inscrire, dis-je rapidement. Je n'ai ni le niveau, ni le charisme. » Je l'entends soupirer. « Bill tu as le niveau. Peut-être quelques entrainements encore. Mais tu as le niveau. Tu es même meilleur que la moitié des élèves de cette école, Bill »
Je souris et mets mon sac sur le dos. « Ne dis pas de sottises, s'il te plaît. Je n'y participerai pas. Ma mère doit m'attendre. À la prochaine ! » Je l'entends soupirer de nouveau et continuer à ranger ses affaires. Moi je m'éponge le visage, en même temps que je sors du cours. Je regarde les escaliers qui sont face à moi. Je suis sûr qu'ils sont là pour achever les joueurs après les matchs. Il n'y a que cette option.
J'allais entamer la première marche, quand mon portable vibre dans mon sac à main. Je m'assoie sur les marches et cherche ce fichu portable ... Ah, le voilà.
« Dad' » Hum ... je décroche. « Oui ? Ne m'appelle pas Billy ... Oui ... Ah ? Pourquoi ? ... Oh. Okay. Tu viens me chercher alors ? ... Dans combien de temps ? Papa, je suis crevé ! Il me faut une douche ! ... Non je ne peux pas marcher ! ... Parce que ! Ouais, ok ... Quinze minutes, pas plus ... Ah ah. Bye. »
Je soupire et jette mon portable dans mon sac, même si je sais qu'au prochain appel, je vais encore m'insulter pour l'avoir jeté. Je vais encore passer un quart d'heure à attendre que papa daigne finir sa réunion pour venir chercher sa « Billy chérie ». Oui, bah en attendant, Billy chérie est trempée et fatiguée. En plus, tous les joueurs qui passent me regardent. C'est vrai que je n'ai pas l'air bête, assis dans les escaliers, trois sacs dans les bras (mon sac à main, mon sac de cours et mon sac de tennis). En plus, je dois avoir une tête de déterré, tout mon maquillage ayant coulé. Super.
Je me mets donc contre le mur, les lunettes de soleil sur le nez. J'ouvre un livre et lis, en attendant le prochain appel de mon père.
Soudain, j'entends un rire que je connais. Je me crispe. Oh mon Dieu, pas lui ! Je lève discrètement la tête. Si. C'est lui. Mon Dieu, mon Dieu ...
Faites qu'il ne me voit pas ...
Il s'approche un peu plus, descendant les escaliers nonchalamment, en riant avec un de ses amis. Il arrive à mon niveau et s'arrête net de rire, lorsqu'il me voit. Je pince les lèvres, en replongeant le nez dans mon livre. Je l'entends, il continue de marcher, après m'avoir adressé un doux sourire qui me réchauffe le c½ur.